Conflit et déplacement au Kasaï: rapport sur la RDC


Published: 16 Jan 2018

International Refugee Rights Initiative (IRRI) a publié un nouveau rapport sur les violences et les déplacements dans la région du Kasaï en république démocratique du Congo (RDC). Il montre que suite à des attaques commises par une milice, ont eu lieu des opérations militaires abusives et des massacres par une milice progouvernement, causant la mort et le déplacement de centaines de milliers de personnes.

IRRI s’est entretenue avec 45 demandeurs d’asile congolais en Angola qui ont exposé la manière dont la violence a émergé à cause des événements politiques nationaux, des tensions ethniques et du soutien apporté à une milice par des autorités locales.

« La RDC est actuellement le théâtre d’une des plus graves urgences humanitaires du monde et le Kasaï n’est que l’une des nombreuses régions du pays où une combinaison de tensions locales, d’abus des forces de sécurité et de manipulation politique a abouti à une violence extrême », a déclaré Thijs Van Laer, directeur de programme au sein d’IRRI.

Le conflit au Kasaï – qui était auparavant une région stable, quoique pauvre, du pays – a éclaté lorsque les forces de sécurité congolaises ont tué un chef coutumier, ce qui a poussé ses partisans à monter une milice antigouvernement appelée Kamuina Nsapu. Les demandeurs d’asile ont décrit comment cette milice a assassiné des agents de l’État, et dans certains cas des citoyens ordinaires, en mars et avril 2017 dans des localités du Sud de cette région.

Les témoins ont rapporté à IRRI que lorsque les militaires avaient repris la ville, au lieu de protéger les civils, qui avaient souffert de la présence de la milice, ils se sont mis à violer des femmes, tuer des civils et piller leurs biens. Ils ont également fait usage d’une violence disproportionnée lors de leurs opérations contre les miliciens mal armés, des enfants pour la plupart.

À Cinq, une milice soutenue par le gouvernement local, la Bana Mura, a vaincu les miliciens de Kamuina Nsapu avant de commencer à s’en prendre aux citoyens, notamment au groupe ethnique associé aux Kamuina Nsapu. Selon les Nations Unies, ces massacres constituent des crimes contre l’humanité.

De nombreux rescapés des violences, qui avaient d’abord fui à l’intérieur de la RDC, se sont dirigés vers l’Angola voisin dès que les autorités angolaises ont ouvert la frontière. L’Angola accueille actuellement plus de 27 000 demandeurs d’asile issus de ce conflit, mais ne dispose d’aucune procédure pour leur accorder le statut de réfugié. En outre, il reste plus de 800 000 déplacés internes dans le grand Kasaï, malgré des retours significatifs.

Malgré la dimension ethnique qui marque ce conflit, il faut l’appréhender dans le contexte plus large de l’évolution politique nationale en RDC. Les personnes sondées ont expliqué que l’élection présidentielle entachée d’irrégularités de 2011 et la redéfinition des provinces en 2015 avaient créé des tensions dans leurs localités. La RDC traverse actuellement une profonde crise politique.

« Il faut prendre de toute urgence des mesures concrètes pour désamorcer la crise politique nationale et les conflits locaux qu’elle avive », a conclu Thijs Van Laer. « Les acteurs internationaux devraient faire pression sur le gouvernement pour qu’il coopère pleinement avec une mission d’enquête des Nations Unies chargée d’élucider les violences du Kasaï. Par ailleurs ils devraient renforcer la MONUSCO dans son rôle de dissuasion de la violence et de protection des civils. Quant au gouvernement congolais, il devrait prendre des mesures pour éviter que de nouvelles violences explosent dans les autres parties du pays et faire en sorte que les responsables des atrocités commises au Kasaï rendent des comptes. »

Vous pouvez télécharger le rapport en français et en anglais, regarder la vidéo associée et lire un résumé sur African Arguments.

Programmes: Causes of Displacement, Citizenship and forced migration in the Great Lakes Region, Resolving Displacement, Accountability, Responsibility to Protect
Regions: Great Lakes Region, Democratic Republic of Congo
Type: Library, Paper, Press Release